Guillaume Perret
Dom Juan, séducteur impénitent, incarne l’homme moderne : libre, égoïste, consumé par un désir sans frein ni spiritualité. Il prend, use, abandonne, fuit, sans jamais se retourner, tel un héros des Lumières devenu monstre de son propre crépuscule. À ses côtés, Sganarelle, valet lucide mais lâche, observe, doute, se compromet, incapable de quitter l’orbite toxique de son maître.
Robert Sandoz, avec la Compagnie L’outil de la ressemblance, transpose ce mythe dans un Mexique flamboyant, inspiré de la Fête des mort·es, où vivants et disparus dansent ensemble. Épées remplacées par des canons sciés, prêteurs sur gages alliés aux cartels : le temps se brouille, le mythe glisse vers un présent brutal et incandescent. Entre souffle de la Nouvelle Vague et onirisme désabusé du Casanova de Fellini, cette fresque chorale interroge nos contradictions, nos fascinations, nos compromissions. Dom Juan n’est plus seulement un libertin du XVIIe siècle, mais le miroir de nos individualismes débridés, de nos lâchetés face à l’effondrement du lien social. Le metteur en scène ouvre la focale au-delà du duo central, pour montrer comment tout un groupe est emporté par le tourbillon d’un cynisme triomphant. Le spectacle devient un road-movie théâtral, traversant les siècles pour mieux interroger notre présent. Amour bafoué, honneur piétiné, vengeance inévitable : la Fête des Morts offre le cadre idéal d’un dénouement fatal où la justice du Ciel, sinon celle des hommes, finit par s’imposer.
D'après Molière
Adaptation, scénographie et mise en scène : Robert Sandoz
Jeu, musique et chant : Gaspard Boesch, Baptiste Gilliéron, Léonie Keller, Fanny Künzler , Garance La Fata, Patric Reves, Pascal Schopfer
Production : L’outil de la ressemblance
Coproduction : Théâtre de Carouge et Théâtre du Passage
